« La RSE pose la question centrale de ce qui détermine la création de valeur d’un aéroport. »

Quels sont les principaux enjeux posés par la RSE ?

Romain Wino : La RSE bouleverse nos habitudes, et demain nos organisations. Son caractère éminemment transversal et sa place nécessairement centrale dans la stratégie générale de l’entreprise imposent de repenser notre approche au sein même des commissions-métier de l’UAF & FA. 

Les aéroports dans lesquels l’Agence des Participations de l’État est présente au Conseil de Surveillance ont été invités à procéder à une réflexion sur la place de la RSE dans leur organisation et la mise en œuvre d’une stratégie. C’est notamment le cas du Groupe ADP, de Bordeaux ou encore de Marseille. Chacun l’adressant selon sa propre vision, quant à Marseille elle fait l’objet d’un Département dédié. 

L’environnement a suscité beaucoup d’engagements et d’actions ces dernières années, il en est de même pour le social, notamment depuis la crise sanitaire, pour quelles raisons le sociétal prend-il dorénavant de plus en plus de place ?

R.W. : D’une part parce que les aéroports doivent démontrer leur capacité à générer des retombées économiques pour le territoire, mais également parce que sur le plan sociétal nous avons des enjeux qui nous distinguent des PME classiques et sur lesquels nous sommes particulièrement attendus. Faire preuve d’ambitions en termes de croissance est aujourd’hui sujet à crispations, ainsi la question du portage politique du développement des aéroports se pose. Pour ce qui concerne les plateformes régionales, ce portage sur le plan national est délicat car il vient se heurter au poids et à l’influence du groupe Air France. En revanche, au niveau local nous avons une carte à jouer. Il appartient au gestionnaire de rappeler sa contribution au développement local, à l’emploi, afin de contrebalancer les externalités négatives de son activité (bruit notamment). Les relations avec le territoire devraient être érigées en priorité parmi les priorités, sans quoi nous pourrions être contraints de revoir à la baisse nos ambitions. 

S’ouvrir vers l’extérieur nécessite de repenser la communication, quelles sont les priorités ?

R.W. : La mesure de notre performance ne peut plus s’établir à l’aide du seul indicateur de trafic. À Marseille, par exemple, nous dépasserons cette année les chiffres de 2019 grâce à une croissance de 8 % par rapport à 2022, dans le même temps nos mouvements commerciaux baisseront entre 0,5 et 1 %… Justifier du fait que nous faisons plus de passagers avec moins de mouvements constitue un message équilibré davantage porteur que la seule performance du volume de passagers. Il est donc urgent de repenser nos indicateurs de suivi afin qu’ils reflètent mieux la réalité de nos activités et de ce que nous apportons aux territoires que nous desservons. 

Comment les commissions travaillent-elles sur les enjeux liés à la RSE ?

R.W. : Trois GT faisant l’objet de discussions continues ont été créés : 
– Le bruit : sujet suscitant beaucoup de craintes, car le niveau de tolérance s’est abaissé depuis la crise sanitaire. Un nouvel équilibre est à trouver ; 
– Le milieu naturel : eau et biodiversité ;
– La décarbonation de nos activités.

Nous nous réunissons également sur d’autres sujets, mais sans nécessairement mise en œuvre d’un suivi dans le temps, tels que : 
– L’économie circulaire et les déchets ;
– La pollution atmosphérique ;
– Les SAF.

Enfin, il a été constitué un GT RSE trans-commission qui se compose a minima d’un membre de chaque commission intéressée. L’erreur aurait été de le raccrocher au développement durable, or si l’on veut qu’il embrasse tous les enjeux posés par la RSE il était essentiel qu’il s’affranchisse de toute appartenance. En l’état des choses, nous sommes au stade de l’échange des bonnes pratiques. Une note de synthèse est en cours de production.

Comment abordez-vous la RSE au sein de votre commission ?

R.W. : Un benchmark a été réalisé afin d’étudier comment les aéroports appréhendent la RSE (stratégie, gouvernance…). Nous envisageons de poursuivre ce travail à travers un séminaire RSE afin d’échanger sur les différents enjeux, comme le repositionnement de l’aéroport au cœur de la cité ou encore l’évolution du cadre réglementaire telle que la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) qui s’imposera dès 2026 aux entreprises de plus de 250 employés, 40 M € de CA et/ou 20 M € de bilan. Il nous faut sans tarder commencer à travailler sur ce sujet qui s’annonce particulièrement complexe. Un premier rapport sera réalisé et pour lequel chaque aéroport concerné devra conduire différentes études, telles que l’analyse de matérialité. 

C’est un véritable changement de paradigme pour les aéroports.

R.W. : Absolument. La RSE pose la question centrale de ce qui détermine la création de valeur d’un aéroport. En fonction de l’analyse effectuée, il convient d’adopter en conséquence un positionnement stratégique qui permettra par la suite d’infuser cet esprit RSE dans toutes les composantes de l’entreprise. Cette création de valeur est propre à chacun, à sa situation, ses ambitions, etc. C’est ainsi, à titre d’exemple, que Bordeaux l’utilise comme principe socle de son dernier plan stratégique. Le Groupe ADP et la société Aéroport Marseille Provence ont déjà inscrit la RSE dans leur raison d’être. 

Cette interview est extraite du n°109 d’Aéroport lemag,
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Photo d’ouverture © iStock / Photo RW © AMP

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