Espaces disponibles, complémentarité avec l’activité aérienne, revenus à long terme : les plateformes aéroportuaires semblent présenter des atouts concrets pour le développement du solaire photovoltaïque. Bruno Caïtucoli, conseiller aéronautique et Défense chez EDF Renouvelables, et Audrey Cabanne, directrice de projets, reviennent sur les enjeux de ces projets en plein essor.
Aéroport lemag : Quels sont les atouts spécifiques des aéroports et aérodromes qui attirent aujourd’hui les développeurs de projets photovoltaïques ?
Bruno Caïtucoli : L’installation de centrales solaires sur les aéroports et aérodromes est une approche relativement récente. Les plateformes possèdent souvent des espaces inutilisés adjacents à l’aire de manœuvre. En dédiant ce foncier à l’installation de centrales solaires, les aéroports peuvent participer activement à la transition énergétique, tout en bénéficiant de retombées économiques sur plusieurs dizaines d’années. Cela peut servir à créer ou améliorer des infrastructures, ou à équilibrer leur budget.
Quels sont les principales contraintes ou défis liés à ce type d’installation ?
B.C. : La sécurité aérienne est évidemment centrale. Fort de mon expérience au sein du BEA d’État, j’en connais bien les exigences. Tous les projets doivent être conformes aux réglementations applicables. Leur implantation est également conditionnée à un avis conforme délivré par la DGAC lors du dépôt du permis de construire.
Comment EDF Renouvelables structure-t-elle son approche pour accompagner ces projets ?
Audrey Cabanne : Nous proposons des solutions adaptées aux besoins spécifiques de chaque aérodrome. À Nîmes-Courbessac, par exemple, le projet comprend l’installation de centrales solaires au sol sur un espace non nécessaire à l’activité aéronautique, ainsi qu’une ombrière photovoltaïque pour aéronefs. Des hangars solaires sont aussi en discussion. En plus de produire de l’énergie décarbonée, ce projet permettra la redynamisation du site, avec la rénovation de la piste, la création d’un espace de convivialité, l’ouverture d’un restaurant et la construction de nouveaux hangars.
Certaines voix du secteur recommandent de privilégier les zones déjà artificialisées pour limiter l’impact sur la biodiversité. Quelle est votre position ?
A.C. : Le réchauffement climatique est l’une des principales causes de l’effondrement de la biodiversité mondiale. Aussi, rappelons-nous que le déploiement des énergies renouvelables, du photovoltaïque notamment, est une solution efficace à cette problématique.
Les techniques de génie écologique, comme le réensemencement en label local, les modalités d’utilisation des engins de chantier (chenilles, plaques de roulage, pistes perméables…) ou encore les calendriers d’exécution des travaux doivent prendre en compte le cycle biologique des espèces. Cette attention particulière doit permettre d’assurer le potentiel de reprise rapide, voire de gain, de la biodiversité présente sur les sites.
Chez EDF Renouvelables, un service de R&D est dédié à la recherche de solutions en faveur de la coactivité environnementale avec nos projets. Durant les chantiers, un calendrier est mis en place prenant en compte le cycle des espèces présentes. Nos experts internes et partenaires externes tels que les conservatoires d’espaces naturels, associations et scientifiques, nous accompagnent dans la mise en place de programmes de surveillance et la gestion sur mesure de la biodiversité pour chacun de nos projets.
En 2021, la centrale solaire de Saint-Romain-en-Gal (Rhône) a même obtenu le label « Biodiversité positive », créé par le syndicat mixte des Rives du Rhône.
EDF Renouvelables exploite déjà trois centrales solaires sur des aéroports et aérodromes, totalisant plus de 90 MWc de puissance installée. D’autres projets sont en cours, comme celui de Châteaudun (Eure-et-Loir), en construction sur 83 hectares pour une capacité prévue de 115 MWc, ou encore celui de Deauville-Normandie, actuellement en phase de développement.
Photo © EDF Renouvelables
