L’Aéroport du Touquet-Paris-Plage est un témoin privilégié de l’histoire de l’aviation et du tourisme. Inauguré le 4 juillet 1936, il a vu défiler des milliers de passagers, notamment britanniques, et joué un rôle clé dans le développement de la station balnéaire. Aujourd’hui, sous l’impulsion de la municipalité, l’aéroport amorce une transformation ambitieuse pour s’adapter aux défis de l’aviation contemporaine tout en préservant son identité singulière.
Par David Cannard, avec des citations de Matthieu Gressier, directeur général de l’Aéroport International Le Touquet – Élizabeth II et directeur général des services de la ville Le Touquet-Paris-Plage
Cet article est extrait du n°117 (mars/avril 2025) d’Aéroport lemag, découvrir le sommaire !
Dès son origine, l’Aéroport du Touquet, situé à 2,9 km au sud-est de la commune du Touquet-Paris-Plage, a été conçu pour accueillir les voyageurs britanniques souhaitant profiter des charmes de la Côte d’Opale. Encore aujourd’hui, 60 % du trafic est assuré par des passagers en provenance du Royaume-Uni. Cette proximité géographique et historique a d’ailleurs motivé la décision de rebaptiser en 2023 l’aéroport avec l’accord du Roi d’Angleterre Charles III : il s’appelle désormais « Le Touquet-Élizabeth II ».
L’histoire de la plateforme est jalonnée d’étapes marquantes, en particulier au cours des années 50 :
– 1953 : une seconde piste est créée.
– 18 juillet 1954, l’aéroport reçoit 195 avions qui transportent 2 122 passagers, 501 voitures, 267 motos et 119 bicyclettes. Un avion atterrissait ou décollait toutes les 4 minutes (source : journal municipal Le Touquet).
– 1956 : création du service « Train + avion » La Flèche d’argent de la SNCF reliant Paris à Londres par Le Touquet. À cette occasion, la tour de contrôle est surélevée.
– 1959 : création d’une nouvelle aérogare, rallongement de la piste 14/32 et visite du Général de Gaulle.
À cette époque, l’aéroport accueille près de 200 000 passagers par an avec des liaisons régulières principalement vers le Royaume-Uni, devenant ainsi le troisième aéroport français en nombre de mouvements de passagers, derrière Orly, le Bourget et Nice.
Tout au long des décennies, le développement du transport aérien a permis à la station balnéaire de conserver son attrait auprès d’une clientèle exigeante, même si les évolutions du marché et les crises successives (notamment celle du Covid-19) ont finalement eu raison des liaisons régulières, la dernière en date était opérée par Silver City, elle reliait la plateforme touquettoise à Leeds à raison de deux vols par semaine.
Une nouvelle gestion
Jusqu’en 2023, l’aéroport était exploité par la société d’économie mixte SEMAT. Toutefois, un audit de la Chambre régionale des comptes (CRC) a relevé des faiblesses dans la mise en concurrence dans l’attribution de la délégation de service public (DSP), conduisant finalement la municipalité à reprendre sa gestion en régie directe. « Nous avons fait le choix de relancer une dynamique forte, en reprenant la gestion en interne plutôt que de confier la plateforme à un exploitant privé. »
Ce passage en régie permet de maîtriser les investissements nécessaires, notamment les travaux de rénovation de la piste, estimés à environ 9 millions d’euros. « Notre stratégie consiste à rendre l’aéroport autonome financièrement, en intégrant les centres d’affaires et l’immobilier dans son modèle économique. Nous avons par ailleurs un projet de logements dans le quartier de l’aéroport, le produit de la vente du terrain sera affecté à la création d’un nouveau centre d’affaires dédié à l’aéronautique. »
Une nouvelle stratégie aéronautique et extra-aéronautique
Avec la fin des vols réguliers, la municipalité mise sur le développement de l’aviation générale et d’affaires ainsi que sur des activités d’hébergement d’aéronefs. « Nous avons une forte demande des Britanniques souhaitant stationner leurs avions en zone Schengen à un coût inférieur à celui du Royaume-Uni. » Il n’est toutefois pas exclu de voir à l’avenir se développer des vols charters particulièrement lors de la saison estivale. « Nous souhaitons structurer notre offre sans chercher à attirer un trafic massif et régulier. L’objectif est d’offrir des services sur mesure à une clientèle exigeante, notamment en aviation d’affaires et événementielle ».
Dans cette perspective, et afin d’optimiser l’expérience des passagers tout en s’adaptant aux nouvelles exigences douanières liées aux Brexit, la rénovation de l’aérogare est programmée d’ici fin 2025. D’autres travaux d’infrastructures sont également prévus. « Nous avons déjà quatre hangars loués et attribués. Une deuxième phase est en cours avec dix nouveaux hangars. Le second programme prévoit 2 400 m2 proposés à l’achat et la location. Nous sommes par ailleurs en lien avec un industriel qui souhaite bénéficier d’un bâtiment de 1 500 m2 pour faire des opérations aériennes très spécifiques. » En collaboration avec l’ENAC, une pépinière « green tech aéronautique » est également à l’étude.
Un aéroport durable
Dans une démarche d’alignement avec les enjeux environnementaux, plusieurs initiatives sont en cours de développement. « Nous travaillons sur des projets de géothermie et de raccordement au futur réseau de chaleur urbain. » Le déploiement de panneaux photovoltaïques est également à l’étude, d’abord en toiture des deux nouveaux bâtiments, puis sur les prairies aéroportuaires. Cependant, la ville du Touquet, incluant l’aéroport, étant classée site patrimonial remarquable, l’installation de panneaux nécessite l’avis conforme de l’Architecte des Bâtiments de France.
Par ailleurs, l’aéroport a rejoint l’association Aéro Biodiversité afin d’inventorier la faune et la flore présentes sur son domaine, situé à proximité de la baie de Canche, classée Natura 2000.
Faire rayonner le territoire
Station balnéaire de renom, Le Touquet-Paris-Plage se distingue par une offre hôtelière riche et de qualité, avec 1 200 chambres disponibles et le seul établissement cinq étoiles entre Calais et la baie de Somme. Malgré ses 4 500 habitants à l’année, la ville vibre au rythme d’événements majeurs, à l’image de l’Enduropale, qui attire jusqu’à 700 000 visiteurs en cinq jours. « Son identité repose sur une nature préservée, une atmosphère authentique et un esprit familial. Ici, les visiteurs recherchent avant tout calme et discrétion, plutôt que le luxe des grandes enseignes. »
Dans cette dynamique, la municipalité s’attache à positionner son aéroport comme un moteur de l’attractivité et du rayonnement du territoire. Une ambition illustrée par la candidature – retenue – pour accueillir les Rencontres de l’UAF & FA, un événement qui réunira les décideurs des aéroports français et francophones du 4 au 6 juin prochain au
Palais des Congrès.
Photo ouverture © Olivier Caenen
