Airemploi salue la volonté commune du secteur de féminiser ses métiers

par Adrien Fenniche

Le dernier rapport social de la FNAM l’indique : la féminisation des métiers du secteur progresse relativement lentement. Les données chiffrées sont éloquentes, avec des exemples tels que le pourcentage de femmes au sein du personnel navigant technique qui stagne à 7 % entre 2015 et 2020, tandis que la proportion de femmes dans l’ensemble du secteur connaît une légère baisse, passant de 41 % à 39 %. De plus, seuls 25 % des ingénieurs et cadres techniques sont des femmes. Forts de ces constats préoccupants, il apparait donc évident de promouvoir activement ces métiers auprès du public féminin afin d’encourager leur participation et leur engagement dans le secteur. Mais les entreprises, qui ne semblent plus manquer de volonté pour les embaucher, se heurtent désormais au problème du manque de candidates qui s’apparente peut-être à une absence de vocations. 

Des obstacles identifiés

Selon Nicolas Gros, directeur d’Airemploi, « la réduction des écarts de rémunération et l’assurance de modalités de promotions équitables sont encore un enjeu important à court terme ». En effet,  toujours selon le dernier rapport social de la FNAM, il subsiste des différences de salaires significatives allant de 7 % pour les cadres, à 13 % pour les agents de maîtrise, et jusqu’à 25 % pour la catégorie des ouvriers/employés. Viennent ensuite les conditions de travail qui demanderaient à être plus inclusives, notamment en prenant davantage en compte les contraintes familiales que les femmes peuvent avoir par rapport aux hommes, mais aussi dans la conception des espaces. « Le secteur doit faire sa révolution comme l’industrie l’a faite. Paradoxalement, une usine peut parfois être plus accueillante que certains lieux de travail d’un aéroport, confie Nicolas Gros. Cela peut s’expliquer par la présence de vestiaires séparés, de matériels et d’équipements adaptés, etc. » 

À court et moyen terme, il est essentiel que les entreprises montrent leur engagement en apportant ces améliorations dans leur quotidien. Mais les freins à la féminisation des métiers dans le secteur semblent peut-être plus ancrés. 

Faire naître des vocations le plus tôt possible

L’un des axes de travail d’Airemploi vise à sensibiliser et agir le plus tôt possible. En effet, se transmettent dès le plus jeune âge des stéréotypes de genre qui « perpétuent l’idée que certains métiers, comme celui de pilote ou ceux liés à l’industrie ou au digital, sont principalement destinés aux hommes, explique Nicolas Gros. Ces préjugés découragent très tôt les filles d’envisager ces carrières. » C’est une des raisons pour lesquelles l’association intervient dans les collèges et lycées lors de conférences Terre & Ciel® construites en liaison avec l’Éducation nationale et qui visent, entre autres, à montrer aux élèves la palette de métiers de l’aérien et de l’aéronautique, des plus aux moins qualifiés, du commercial à l’opérationnel. « Notre travail est essentiellement de faire savoir que c’est envisageable, de faire naître des vocations et essayer d’agir le plus en amont possible », abonde Nicolas Gros. Cette sensibilisation semble nécessaire face au constat du pourcentage de femmes à l’entrée des écoles comme l’ENAC et l’ISAE-SUPAERO, constamment inférieur à 30 %. En ce qui concerne les formations de mécanicien(ne)s à l’AFMAé, la présence de femmes est encore anecdotique. 

Charte « Féminisons »

Afin de rassembler les efforts de l’ensemble des acteurs du secteur, Airemploi propose depuis décembre 2021 aux entreprises du secteur de l’aérien et de l’aéronautique de s’engager en signant la charte « Féminisons les métiers de l’aéronautique et du spatial », les incitant à : 
« – Pratiquer une politique favorisant la mixité et contribuer à l’observatoire de l’égalité femmes/homme ; 
– Identifier ses métiers cibles à féminiser et se fixer des objectifs de progression ; 
– Partager les bonnes pratiques entre entreprises et institutions adhérentes… ; 
– Mener des actions de terrain conjointes (visites d’entreprises, tables rondes, forums…), créer et diffuser des supports de communication… ».

Près de deux ans après son lancement, c’est un véritable succès avec 23 signatures d’entreprises, organismes et institutions piliers du secteur. « « Féminisons » est d’une certaine manière un regroupement d’employeurs qui représentent près de 250 000 personnes », se réjouit Nicolas Gros. En pratique, chaque entreprise signataire désigne en interne un interlocuteur dédié, et des réunions mensuelles, qu’elles soient en visioconférence ou en présentiel, sont organisées pour coordonner des actions. C’est ainsi que l’année 2022 aura permis l’organisation de 17 visites d’entreprises, 9 tables rondes sur la féminisation, la présence dans 15 salons et forums, la création de 35 portraits métiers de femmes sous forme de vidéos, ainsi que l’animation des réseaux sociaux du site féminisonslaeronautique.fr.

L’initiative a également permis de générer de nombreuses retombées médiatiques positives, avec une couverture à la télévision, dans la presse nationale, régionale et spécialisée. « Il est évident que créer un buzz autour de cette cause est essentiel pour faire savoir que ces métiers sont accessibles aux femmes et pour susciter des vocations, explique Nicolas Gros. L’union des efforts de l’ensemble des acteurs du secteur est un puissant moyen de progresser vers une plus grande égalité des sexes dans nos métiers ». 

Journée du 8 mars, symbole du secteur à pouvoir se rassembler sur ce sujet

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes chaque 8 mars, Airemploi organise depuis 2022 les « Rencontres Féminisons ». « L’objectif est de faire venir 100 à 200  collégiennes et lycéennes de la région pour leur permettre de rencontrer des professionnels représentant l’ensemble du panel des métiers des 3A : l’aérien, l’aéronautique et l’aéroportuaire », explique Nicolas Gros.  Après Air France en 2022 et Airbus en 2023, la prochaine édition (2024) verra comme hôte le Groupe ADP au sein de son siège social de Tremblay-en-France. L’association y voit un symbole fort de démonstration des « capacités de transversalité et de solidarité du secteur aérien en général à se mobiliser sur ces sujets ». 

« Ce qui est particulièrement remarquable, note Nicolas Gros, c’est la volonté marquée de ces entreprises, par ailleurs parfois concurrentes, de collaborer dans le long terme  sur cette question. Cela démontre le dynamisme exceptionnel du secteur et sa véritable détermination à faire évoluer la situation vers une plus grande mixité dans tous les métiers. »

Cet article est extrait d’aéroport lemag n°108, découvrir le sommaire :

Photos © Airemploi

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